Age de départ à la retraite et espérance de vie

Le discours dominant depuis de nombreuses années pour justifier un recul de l’âge de départ met en avant, entre autres choses, l’augmentation de l’espérance de vie.

Admettons dans un premier temps que dire «  l’espérance de vie augmente » ne soit pas sujet à examen et discussion.

Celle-ci augmentant il serait normal que l’âge de départ en retraite recule. Voila une affirmation qui est sans argument et sans fondement, mais dont la répétition incessante tient lieu de démonstration et devrait en faire une évidence incontestable.

Il y a là donc malhonnêteté et surtout vol. Pourquoi vol ?

Si l’espérance de vie augmente cela sera dû à différents facteurs, comme les progrès dans le domaine médical, la diminution du temps de travail, l’amélioration des conditions de travail, une meilleure alimentation, une retraite plus précoce, etc. Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle permet d’identifier deux grandes catégories de raisons : les progrès en matière de connaissance et les conquis sociaux.

Dans les deux cas, il s’agit du résultat de l’activité ou de la mobilisation des salariés. Et c’est précisément à eux que l’on veut demander de travailler plus vieux. Il y a là détournement du résultat de leurs actions.

« L’espérance de vie augmente » : est-ce si évident que cela ?

Les chiffres de l’Insee donnent pour 2018, une espérance de vie à la naissance de 85,3 ans pour les femmes et de 79,4 ans pour les hommes. Ces chiffres sont plutôt stables pour les femmes depuis 2010 et stagnent chez les hommes depuis 2014. Nous voyons déjà que l’espérance de vie n’augmente pas mécaniquement chaque année.

Une deuxième donnée plus importante est à examiner, toujours issue de l’Insee, il s’agit de l’espérance de vie en bonne santé. Les chiffres sont les suivants : 64,1 ans pour les femmes et 62,7 ans pour les hommes. Ils se situent juste au niveau ou en-dessous de l’âge pivot voulu par le gouvernement. Avec le régime à points on aura une probabilité importante d’arriver à la retraite en mauvaise santé, et donc de ne pas pouvoir en profiter.

L’espérance de vie est également très disparate selon la catégorie socioprofessionnelle. Toujours à partir des données de l’Insee, en 2009-2013, l’espérance de vie des hommes cadres de 35 ans était de 49,0 ans et celles des ouvriers de 42,6 ans : en moyenne, un ouvrier vit 6,4 ans de moins qu’un cadre. Pour les hommes, les 5 % les plus riches vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5 % les plus pauvres.

On voit donc que l’argument sur l’espérance de vie est des plus discutables.

Au-delà de ces aspects, prendre en compte la donnée espérance de vie pour justifier un recul de l’âge de départ en retraite a une dimension particulièrement rétrograde. Car, par delà sa réalité ou non, elle signifierait que ce qui représente un progrès pour les êtres humains ne leur profitent pas.

Au nom de quoi devrait-on laisser transformer un progrès humain en régression sociale ?