La retraite : Qu’est-ce que c’est

Un des aspects les plus fondamentaux du sujet « Retraite » est paradoxalement rarement abordé de manière explicite et contradictoire. Pourtant, avant de construire un régime de retraite il est surprenant de ne pas s’interroger davantage sur ce que signifie la retraite, quelle conception faut-il en avoir au 21ème siècle ?

Si historiquement, la retraite, comme la réduction du temps de travail, ont été des combats menés dans le cadre de la protection de la santé des travailleurs, doit-on en rester là ? Cette dimension demeure bien entendu, mais doit-elle être celle qui structure la conception de la retraite ?

Poser le problème de la retraite comme le juste repos après une vie de labeur, ne fait de celle-ci qu’un moment de la vie qui vient en compensation du travail passé. Cette approche est très réductrice.

Tout d’abord cela conduit immanquablement à identifier la pension comme un salaire différé propre à chaque retraité qui serait le juste retour des cotisations versées durant sa vie professionnelle.

Plus fondamentalement, dans un tel cadre le retraité n’est pas identifié en tant que tel, mais comme un ancien salarié à qui l’on doit par solidarité assurer des moyens de vivre ([1]). Si une vision radicalement différente de la retraite n’est pas mise en avant, la bataille sur le régime de retraite sera perdue, peut-être pas en une fois, mais à coup sûr par reculs successifs : reculs déjà amorcés depuis la fin des années 80.

La retraite doit être sortie du cadre d’un retour sur investissement auquel correspond le principe du salaire différé.

Le retraité est considéré par certains comme une charge pour la société et les actifs, ceci dans le but de diviser les français et de culpabiliser les retraités. Il est souvent identifié ou s’identifie lui-même par son ancien métier. C’est très compréhensible, puisque l’activité professionnelle marque profondément l’individu. N’a-t-on pas là deux éléments qui finalement empêchent d’identifier le retraité comme il se doit.

Par sa formation initiale et les activités menées durant sa vie professionnelle et personnelle, les individus acquièrent des qualifications (connaissances, aptitudes, savoir-faire, etc.) qui leurs sont propres. Le fait d’être à la retraite ne conduit pas à la disparition de celles-ci, elles sont inhérentes à l’individu et il les mettra en œuvre sous une autre forme et pour d’autres raisons que celles existantes pendant la vie professionnelle. La retraite n’est donc pas synonyme de période sans utilité et sans apport pour la société.

L’individu n’a pas à être condamné à étudier pour être rentable au travail et à travailler toute sa vie et à ne plus compter que comme une charge ensuite.

La retraite est une période de la vie libérée du travail : travail au sens de celui qui a une activité située dans un système de production de biens et services où il ne possède pas les outils de production et où il ne peut que vendre sa force de travail.

Libéré du travail ne signifie pas n’avoir aucune activité, ni à contrario de s’en voir imposer au nom d’une « morale citoyenne ou sociale ». La retraite est une période de la vie à part entière, qui doit être définie pour elle-même.

On peut résumer cette approche en paraphrasant une grande pédiatre et psychanalyste, en modifiant une de ses phrases célèbres : le retraité est une personne.

Cette « troisième vie » ([2]), définie ainsi prend une dimension toute différente et est porteuse d’un potentiel de mobilisation bien supérieur à la simple défense d’un existant.

Le but d’un régime de retraite doit être de donner un cadre pour que chaque retraité puisse mener sa « 3ème vie » de la façon qu’il choisira.

Le prolongement naturel de cette approche c’est de considérer la retraite à 60 ans ([3]) comme un droit fondamental imprescriptible et inaliénable.

([1]) : Cette approche s’inscrit tout à fait dans la logique d’une société libérale où l’individu n’est considéré, non pour lui-même, mais pour ce qu’il rapporte dans un processus de production de biens et services. Ce qui correspond sur le fond à nier la personne et à ne prendre en compte que son travail, ou plutôt l’atteinte des objectifs qui lui ont été fixés, car même la reconnaissance du travail n’est pas de mise.

[2] : Lucien Sève dans « Pour une science de la biographie » aux éditions sociales

[3] Age maximum sans prise en compte des mesures d’anticipation liées à la pénibilité