Le Financement

Le préalable à toute discussion est de signifier très fortement que le financement n’est pas un problème, n’est pas une question mais un choix.

Un choix de société qui écarte une logique comptable voulant limiter a priori la part du PIB consacré aux financements des retraites.

De nouvelles recettes sont nécessaires pour le régime de retraite unique.

Il faut sortir de la seule solution mise aujourd’hui en avant par le pouvoir qui consiste à arbitrer entre les intérêts de ceux qui travaillent et de ceux qui ont travaillé, entre population active et population retraitée.

Il y a une multitude de sources financières qui aujourd’hui ne profitent en rien à la société et aux citoyens. Les réorienter ne contraindra qu’un tout petit monde qui s’accapare les richesses créées. Il y a là un flot possible d’alimentation des recettes qui n’a pas grand chose à voir avec un « ruissellement ».

Les richesses créées par le travail ne cessent d’augmenter, pourquoi s’interdire qu’une part plus importante de celles-ci alimente le salaire socialisé. Ce serait en outre un outil puissant pour lutter contre la dérive financière de l’économie, en s’attaquant à la racine du problème : réorienter la richesse créée vers ses créateurs.

La première source d’amélioration des ressources est d’augmenter le taux T (ancienne cotisation sociale). Beaucoup diront que c’est impossible car ça plomberait l’économie et la compétitivité des entreprises. Pourtant dans le passé ce taux a augmenté de manière considérable sans que le pays ne soit ruiné. Par exemple, entre 1967 et 2004 le taux de base du régime général pour la part sous le plafond de la Sécurité Sociale a été doublé.

Une augmentation d’un seul point du taux T apportera plus de 10 Milliards/an.

Les revenus financiers sont estimés à environ 300 milliards par an. Les faire contribuer à hauteur du taux T, qui est aujourd’hui dans le privé retraite complémentaires comprises, d’un peu plus de 28% apportera de l’ordre de 85 Milliards/an.

La fin des diverses exonérations patronales apportera 40 Milliards/an.

La fin du remboursement de la dette de la sécurité sociale, qui interviendra en 2024, apportera 24 Milliards/an.

Ces seules 4 mesures, qui ont un caractère quasi immédiat (2024 pour la dette) apporteront plus de 155 Milliards/an de ressources supplémentaires.

Aujourd’hui le montant total des retraites (régime général, complémentaire, régime spéciaux, fonction publique, etc.) est de l’ordre de 320 Milliards/an. Le nombre de retraités est de 17,2 millions ce qui donne une retraite moyenne de l’ordre de 1550 €/mois.

Avec les 4 mesures précédemment citées, le montant alloué aux retraites passerait à 475 Milliards/an. Ce qui conduit à un montant de la retraite moyenne de 2300 €/mois.

On constate donc que des mesures qui n’ont rien de bien compliquées et limitées en nombre, permettent déjà une évolution radicale du niveau des pensions de retraite à caractère quasi immédiat.

D’autres mesures, qui agiront plus progressivement, permettent d’augmenter encore les ressources.

L’égalité salariale Femme/Homme apporterait de l’ordre de 7 à 10 Milliards/an (Il existe différentes études effectuées sur le sujet). Ces montants ne prennent pas en compte les répercussions positives sur l’emploi qui auraient lieu.

Une vraie politique pour l’emploi, diminuant le chômage – et non l’indicateur actuel de demandeurs d’emploi – apporterait des ressources importantes. Le C.O.R. a calculé que le passage à un taux de 7,4 % du taux de chômage (8,6% aujourd’hui) apporterait 10 Milliards/an. Un taux de 7,4% est encore loin du plein emploi. On voit ici que le chômage pèse énormément sur les ressources.

L’augmentation des salaires est une nécessité, tant il est reconnu aujourd’hui que les salaires en France sont bas. Toujours d’après le C.O.R., une augmentation de 3,5 % des salaires du privé rapporte 6,5 Milliards/an et l’augmentation du point d’indice de la fonction publique rapporte 6 Milliards/an.

Avec ces mesures, qui ne sont que des mesures de rééquilibrages faibles de la répartition des richesses créées, pour pallier aux injustices les plus flagrantes, on dispose d’un potentiel de ressources supplémentaires important, environ 30 Milliards/an.

Jusqu’ici l’effet de majoration des ressources liées à l’introduction des 7 coefficients de majoration dans le calcul du salaire socialisé (Tcs : voir paragraphe précédent) n’ont pas été pris en compte. Ils seront également un outil d’amélioration des ressources.

Il faut aller encore au-delà.

Concernant la contribution  des revenus financiers, il est légitime de considérer qu’ils doivent être plus fortement sollicités au travers d’un taux supérieur à celui appliqué sur la masse salariale. En effet, une part importante de ceux-ci n’est pas réinvestie dans des investissements utiles à la collectivité mais uniquement dans l’accroissement de la richesse d’une minorité ou pour de nouvelles spéculations financières. La réduction importante de ces revenus doit contribuer de manière directe au salaire socialisé et également au salaire net.

La réorientation significative que cela représente des richesses créées vers ceux qui en sont à l’origine aurait de plus de nombreux effets induits positifs sur l’économie qui à leur tour généreraient des ressources nouvelles.

L’amélioration du niveau des pensions de retraite, et on a vu qu’il peut être considérable avec de premières mesures, aura lui aussi des effets induits positifs sur l’économie (*).


(*) : Il existe de nombreuses études sur le sujet. On peut se reporter à l’une d’entre elles de la CSI portant sur l’économie mondiale http://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/l20_-_2018_argentina_fr.pdf , qui sans être LA référence sur le sujet permet une première approche